Un article du Figaro sur les groupements d'Employeurs

99 lectures

PORTRAIT – Annie Maitret est responsable qualité, sécurité, environnement dans trois entreprises différentes. A 63 ans, elle a choisi de rejoindre un groupement d’employeurs, association d’entreprises dont les partenaires sociaux débattent actuellement.

Annie Maitret est salariée d’une seule entreprise, mais travaille pour trois employeurs en même temps. Il y a trois ans, elle a rejoint l’un des quelques 40.000 groupements d’employeurs français. Ce fut là un choix à part entière. Si jongler au quotidien avec plusieurs patrons peut sembler périlleux, c’est au contraire ce qui a initialement séduit la consultante senior.

«Lorsque j’ai eu 60 ans, l’entreprise pour laquelle je travaillais depuis 20 ans a fermé. J’ai un temps pensé à être indépendante, avant de faire machine arrière. Le groupement d’employeurs a été un bon compromis. J’ai conservé la protection sociale, tout en gagnant une certaine liberté», explique-t-elle. Pour des seniors frappés par le chômage, le groupement d’employeurs peut être une réelle opportunité de se réinsérer sur le marché du travail. Mais Annie Maitret, elle, ne craignait pas vraiment de se retrouver sans emploi. «Mon métier est très demandé. Il y a quelques jours encore, j’ai été contactée pour un poste. Travailler pour plusieurs employeurs n’a pas été un choix par défaut».

«Les trois premiers mois, mon bureau, c’était ma voiture !»
Concrètement, la consultante partage aujourd’hui son temps entre ses trois entreprises clientes. 2 jours par semaine chez l’une, 3 jours chez l’autre, quatre jours par mois chez la troisième. Si ces plages de travail sont contractuellement fixées, elle a peu à peu introduit de la souplesse dans cet emploi du temps. «S’il faut que je sois chez un employeur à un jour donné, pour envoyer un audit par exemple, je m’arrange pour y être. Ce n’est pas un problème. Mes clients me font aujourd’hui confiance», explique-t-elle.

Une confiance qu’il lui a toutefois fallu conquérir. «Au départ, on est considéré comme quelqu’un de l’extérieur, qui ne fait pas vraiment partie de l’entreprise. On est étudié, il y a un peu de méfiance. Je me suis sentie seule, j’ai trouvé difficile d’avoir peu de retour sur mon travail. Et pendant les trois premiers mois, mon bureau, c’était ma voiture !», se souvient la consultante.

Depuis, la situation a changé. Au bout de quelques mois, Annie Maitret a obtenu un bureau dans chacune des entreprises pour lesquelles elle travaille. Si elle n’est pas une salariée comme les autres, elle se sent maintenant comme une collaboratrice à part entière. «Je pense même que vis-à-vis des collègues, le fait d’être un consultant externe pousse un peu à la confidence», remarque-t-elle. Au bout de trois ans, ils lui témoignent en tous cas les mêmes attentions qu’à l’un des leurs. Cette année, une collecte a été organisée pour son anniversaire chez l’un de ses employeurs. Dans une autre entreprise, elle a été élue présidente du CHSCT et déléguée du personnel.

«Le travail s’accumule en notre absence»
Mais cette confiance s’est payée au prix d’un volume de travail très important. En moyenne, la consultante travaille dix à onze heures par jour. «Les entreprises paient une prestation onéreuse, 350 euros par jour en ce qui me concerne. Elles s’attendent à ce qu’on en fasse plus qu’un salarié lambda. Si je faisais mes sept heures de travail quotidien, il y aurait de leur part une forte déception. Et puis on n’a pas de relais : le travail s’accumule en notre absence. Ça déborde tout le temps», constate-t-elle.

En contrepartie de ces contraintes, et de la baisse de salaire de 25% qu’elle a consentie en rejoignant un groupement d’employeurs, Annie Maitret apprécie de gérer son emploi du temps plus librement qu’un salarié ordinaire, et de côtoyer différents métiers. «Travailler pour plusieurs entreprises, c’est une réelle richesse. Cela me permet de prendre du recul sur mon travail. Lorsque je reviens dans une entreprise après quelques jours d’absence, j’y vois parfois plus clair. Mais à mon avis, cela demande une certaine expérience, et une bonne connaissance du métier», juge-t-elle. Elle souhaiterait travailler de cette façon quatre ans encore, après quoi, elle prendra sa retraite.

L’essor des groupements d’employeurs encouragé
Les groupements d’employeurs sont pour la plupart des associations, au sein desquelles s’unissent des PME qui désirent partager de la main d’oeuvre. La grande majorité des quelques 40.000 groupements que compte le territoire sont encore aujourd’hui des groupements agricoles. Mais le gouvernement et les partenaires sociaux souhaitent encourager le développement cette pratique dans tous les secteurs d’activité. «C’est un système gagnant-gagnant. Pour les entreprises, il s’agit de se procurer les services d’un salarié qu’elle n’aurait pu se payer à plein temps. Et pour le salarié, c’est intéressant aussi car ce système le déprécarise», explique Laurent Berger, en charge de l’emploi à la CFDT. A la différence de l’intérim, les salariés sont en effet rémunérés par le groupement d’employeur, généralement à plein temps et en CDI.

LIRE AUSSI :

Opt In Image
Envie d'encore plus d'actu gourmande ?
Recevez chaque vendredi à 18h nos articles de la semaine !


Cet article vous a plu ? Partagez-le !

Cet article a été écrit par :

mm

Directrice générale de Reso France, Marie partage avec vous l'actualité de l'emploi et des ressources humaines.